Fireworks: Shaft versus Iwai

Fireworks 打ち上げ花火、下から見るか? 横から見るか? (2018)

VS

Uchiage hanabi, shita kara miruka? Yoko kara miruka?(1993)

Salut à toi amateur de feu d’artifice.

Je vais te parler aujourd’hui d’un film d’animation particulier, et du film dont il est inspiré.

Fireworks.

Après avoir vu le sublime et unique « Dans un recoin de ce monde » et le très très décevant « Hirume Hime« , eh bien ce « Fireworks » se faisait attendre.

Vendu comme un chef-d’oeuvre avant son arrivée en France, il disposera d’une sortie en salle dans de nombreux pays.

Voici la très aguichante bande-annonce:

Vous avez vu comme moi?

Par le producteur de « Your Name » (sublime chef-d’oeuvre de Shinkai), et d’après l’histoire originale de Shunji Iwai (un très grand réalisateur japonais de films, dramas, MV, et d’un magnifique animé « Hana et Alice mènent l’enquête« , suite « préquel » de « Hana & Alice » le film, du même réalisateur, qui est une merveille).

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça donne envie.

Du coup on attend une pépite…

J’ai déjà été extrêmement refroidi par « Hirume Hime, rêves éveillés« , ce petit bijoux d’animation qui a malheureusement pâti d’un très mauvais scénario.

Mais c’était quand même agréable de le voir, et les personnages étaient très bien définis.

Avant ça j’avais vu « Dans un recoin de ce monde » en présence du réalisateur. Autant vous dire que ce film d’animation est entré dans mon Panthéon personnel.

Mais revenons sur la bande-annonce et ce qu’elle promet:

« Par le producteur de « Your Name »… Il s’agit de « Shaft », un studio d’animation qui a produit « Fireworks » mais qui a juste participé à une partie de l’animation pour « Your name ».

« D’après l’histoire originale de Shunji Iwai » (que j’adore). Il a en effet écrit et réalisé en 1993 un téléfilm de 50 minutes qui me semble être une durée plus juste pour le sujet.

Je vous invite à le voir en fin d’article (non licencié en France).

Regardons ça…

(90 minutes plus tard.)

C’est dur et rare, mais voilà un sacré gâchis.

Je ne vais pas dire que c’est mauvais, mais tout simplement raté et sans saveur.

Mais mon avis aurait pu être radicalement différent si je n’avais pas vu le film de 1993.

Norimichi et Azuma

Alors il y a une histoire:

Un petit groupe de garçons japonais (comme ça vous savez où cela se passe), se demande si les feux d’artifices qui explosent sont ronds ou plats suivant d’où on les regarde.

(C’est bien le genre de question débile pour un adulte qu’on se pose quand on est encore des gamins).

Parmi eux, se trouvent Norimichi et Yusuke. Tous les deux sont amoureux d’une jeune fille nommée Nazuma.

Nazuma est une fille à part, mystérieuse et discrète.

Nazuma va faire un pari autour de la piscine de l’école avec ces deux garçons.

Le premier qui arrivera au bout d’une course de cinquante mètres (à la nage).

Si elle gagne, elle demandera ce qu’elle veut.

Elle gagne et va demander à Yusuke d’assister au feu d’artifice avec elle.

(Petite précision, dans le film de 1993, elle ne participe pas à la course.)

Yusuke se défile au dernier moment et donne sa place à Norimichi qui retrouve Nazuma.

Elle va lui demander de fuguer avec elle.

Toute l’équipe de l’animé

Voilà.

Pourquoi fuguer me demanderez-vous?

Est-elle en danger?

Est-elle maltraitée à la maison?

Non, c’est juste que sa mère se remarie pour la 3ème fois et qu’elle va donc être obligée de quitter son école et sa région.

Sérieusement, elle veut fuguer pour ça?

Bon, ok…

Dans le film d’Iwai, Nazuma ne va pas aussi loin dans sa fugue, loin de là. (Et il n’y a aucun détail précis sur sa situation familiale. On sait juste que sa mère divorce)

Mais admettons.

Première grosse erreur de l’animé, il double la durée du film. Pour cela, il va ajouter l’apparition d’un objet magique qui permet de retourner dans le temps à chaque fois qu’on le lance.

L’objet magique

L’animé va également exagérer la fugue de Nazuma dans un but assez discutable, celui d’humaniser sa mère et son nouveau beau-père, alors que dans le film, on ne voit la mère que quelques instants, et pas sous son meilleur jour. Elle n’est finalement pas importante à l’histoire du film d’Iwai, parce que ce n’est pas le sujet.

Adieu Nazuma…

Là où la version d’Iwai est touchante, celle de Shaft est d’une froideur surprenante pour une oeuvre japonaise.

WHY????

Alors dès que quelque chose ne va pas, allez hop, on rembobine et on recommence en mieux?

C’est exactement le contraire du message du film d’Iwai.

Shunji Iwai est un maître pour raconter des histoires d’enfants de la manière la plus simple.

Et là ou le film montre uniquement deux versions possibles de ton destin, la réalité et les regrets de ne pas avoir agi comme on aurait aimé avec le recul, l’animé s’embarque dans les multi-réalités. Plus de regrets, plus d’imagination, mais un changement radical de la réalité. Un objet magique plutôt que la réalité.

Et là où le film n’a pas besoins de présenter le passé de ces jeunes parce que c’est juste un trait de vie, eh bien l’animé aurait pu s’y engouffrer pour apporter de l’empathie envers cette bande d’écoliers. Parce que oui, un animé a besoin de subterfuges dont un film peut se passer.

Si tu décides de transformer une histoire sur le fond et non sur la forme, alors tu dois savoir l’adapter.

Le film d’Iwai dégage un message beaucoup plus fort à la fin.

Nazuma est-elle morte, s’est-elle suicidée? Est-ce juste le fantasme de Norimichi?

(A noter une scène très belle et très émouvante entre Nazuma et Norimichi dans la piscine. 
Une scène aussi belle visuellement que symboliquement)

Aucune importance en réalité, car pour Norimichi (et pour toute la bande de garçon), elle a disparu.

Elle est donc morte d’une certaine manière, que ce soit en réalité, ou juste dans la vie de ses camarades.

Et tout ceci n’arrive absolument pas dans le film, car la seconde partie du film est consacrée à: « Et si j’avais gagné cette course, et si Nazuma m’avait demandé de l’accompagnée« .

Toute la seconde partie est donc basée sur les regrets de Norimichi et c’est donc une vision de son imagination. (L’animé opte pour cet objet magique qui permet de retourné dans le passé pour le changer).

Tout cela n’existe pas.

Nazuma a tout simplement disparue sous ses yeux, embarquée par sa mère, à la moitié du film.

Donc cet animé, qui est pourtant très agréable à regarder et très bien réalisé dans l’ensemble, passe à côté de son sujet. Il aurait dû durer 50 minutes et être un magnifique hommage au film.

Est-ce dû à Shaft, le studio qui a produit cet animé?

Oui, certainement, en tout cas en partie.

C’est un grand studio d’animation, spécialisé dans les séries animées de 20 minutes.

Il fallait faire du 90 minutes pour une exploitation en salle, eh bien le chemin de l’adaptation est un énorme échec.

Il aurait pu réaliser cet animé en respectant le sujet du film de 1993, mais c’est tellement plus simple de faire un truc passe-partout pour tous les âges.

Par contre, si vous n’avez pas vu le film de 1993 (certainement 99,99% d’entre vous), alors vous n’aurez pas du tout le même avis que moi.

Mais même avec cette condition, le film n’est pas à la hauteur de la production actuelle.

Et c’est toujours à cause de cette variable du temps. Il ne peut y avoir de regrets quand on peut rectifier ses erreurs.

L’effet « nostalgie » ne fonctionne pas non plus parce que la « magie » intervient sans cesse dans cette histoire, et donc mécaniquement, on ne s’identifie à personne.

C’est à mon sens un vrai gâchis.

 

Dernière différence entre l’animé et le film, eh bien l’animé a été fortement édulcoré.

Alors que dans le film, les gamins sont un peu obsédés par les seins des filles (et le sexe en général), tout cela disparaît malheureusement dans l’animé… Tristesse.

Pour le reste, l’animé est quasiment une copie visuelle de beaucoup de plans du film, et c’est là qu’on se dit que cela aurait dû être une oeuvre simple et merveilleuse, ou merveilleusement simple, ou simplement merveilleuse, disons simplélleuse!! (ce mot sera ajouté au Robert en 2024).

Côté musique:

Que ce soit le film ou l’animé, les musiques sont en parfait accord avec ce que l’on regarde, mais j’ai personnellement une énorme préférence pour la BO du fil d’Iwai qui colle parfaitement avec le sentiment de nostalgie.

Il y a même des titres en commun sur les deux versions.

Voici quelques morceaux:


Précipitez-vous sur le film d’Iwai (ci-dessous, 50min) si vous aimez les histoires simples avec des enfants.

Et n’oubliez jamais que nous sommes au Japon en 1993…

Voici le film d’Iwai en VOSTFR dans la meilleur qualité disponible (480P)


 

Petit truc rigolo numéro un: L’actrice qui joue Nazuma, Megumi Okina, a joué dans de nombreux films et dramas, mais c’est aussi l’actrice principale d’un terrible film d’horreur: Ju-On, the grudge.

Second truc rigolo: Dans l’animé, Norimichi et Yusuke jouent à un un jeu vidéo sur une console lambda, avec des manettes sans fil. Impossible d’identifier la console ou le jeu. De loin la console ressemble quand même à une PS4 mais avec un bandeau lumineux vert!! (couleurs de Microsoft). Par contre dans le film d’Iwai, les gamins jouent sur une SNES (Super Nintendo) à Super Mario World. C’est quand même plus classe…

Ben voilà les amis, comme d’habitude regardez tout et faites vous votre propre avis, c’est encore ce qu’il y a de mieux.

Petit bonus:

Voici l’explosion de la plus grosse bombe de feux d’artifices jamais envoyée dans les airs. Son nom est Yonshakudama. Ce bébé pesait 450kilos pour 1,2 mètre de circonférence!!