Lutèce, version « Deutsch »

Lcbr2 vous propose un nouveau chroniqueur: « l’enervé ».

Quoi, mais qui est cette personne?? Comment peut-on écrire sous un pseudo?

Et bien c’est très simple, il suffit d’écrire, et de prendre un pseudo !! Mais il n’est pas question d’écrire des absurdités, ou des contre-vérités. Non. Comme vous allez le constater, et encore plus si vous effectuez des recherches complémentaires, il s’agit aujourd’hui de dénoncer les absurdités écrites par Laurent Deutsch qui s’est auto-proclamé « historien », rien que ça. Et comme si cela ne suffisait pas, il a obtenu le support de la presse, de la télévision, de la RATP et de la Mairie de Paris.

deutsch & delanoe

De quoi se poser de sérieuses questions sur la compétence et le sérieux de ces organismes. Vous l’aurez compris, il s’agit de « Métronome », énorme succès de librairie… Et là, j’ai envie de pleurer.

LA RUBRIQUE DE L ÉNERVÉ 

La première fois que j’ai aperçu Laurent Deutsch, c’était à l’occasion de son immortelle prestation dans une publicité pour un yoghourt liquide. Comme tout le monde j’ai suivi  son émergence dans le milieu artistique sans y prêter une  attention particulière. Bien que je ne sois pas un critique très pointu en la matière, il me semblait faire partie de ce style d’acteur qui n’offrent rien que leur personnage et qui jouent toujours le même, à l’instar d’un Gabin ou d’un Depardieu (mais sans le génie qui les animent) contrairement à des Coluche, Montand ou Raimu capables de créer vraiment chaque personnage incarné et de nous arracher à leur guise rires ou larmes.

deutsch & yop

Je suis peut-être un mauvais critique mais il me semble interpréter les personnages de Sartre ou de Nicolas Fouquet comme il incarnait l’amateur de Yop. Mais là je suis peut-être partial et de mauvaise foi. Bref, les lecteurs qui ne partagent pas ce point de vue ont parfaitement le droit de me trouver très injuste ;  je ne suis pas un expert en la matière et mon opinion  ne vaut que pour moi.

Par contre, mon intérêt pour lui s’est éveillé lors de son passage dans un journal télévisé où il venait faire la promo pour son fameux « Métronome ». Je passe sur le coup d’encensoir de la journaliste béate devant les révélations que ce livre prétendait apporter. L’histoire étant une de mes passions à l’instar de l’auteur, c’est avec un grand intérêt que j’écoutais les révélations que cet amateur éclairé nous apportait par-dessus la masse des historiens qui avaient déjà travaillé sur ce sujet. C’est alors que j’entendis énoncer une série de sottises que la journaliste (heureusement plus inspirée dans ses reportages d’enquêtes) présentait comme des certitudes incontestables.

Le Metronome

Nous apprenions ainsi que Jeanne d’Arc était l’enfant illégitime d’Ysabeau de Bavière et de Louis d’Orléans déclaré mort le lendemain de sa naissance et enterré à Saint Denis.  Lors de son ouverture, le sarcophage étant vide, il va de soi que l’enfant ne serait pas mort mais aurait été élevé clandestinement (notons qu’à la naissance, c’est un enfant de sexe mâle). Et c’est la preuve que Jeanne d’Arc était de sang royal. En fait il semble bien que ce sarcophage n’ait jamais existé car il ne figure dans aucun inventaire. Et voilà la légende qui tombe à l’eau.

De telle sottises commençaient à m’énerver mais la plus belle arrivait juste derrière : nous apprenons que Maximilien Robespierre était présent lors de l’ouverture et du pillage des tombeaux des rois de France à Saint Denis en 1793. Lorsque le cercueil d’Henry IV est ouvert, Robespierre arrache la barbe du corps desséché et s’en sert de postiche à la grande joie des révolutionnaires présents. Là, je m’étrangle car tout le monde sait que Robespierre était un maniaque de la propreté et qu’un tel acte est impensable de sa part, d’autant plus impensable qu’il n’était pas présent, d’abord parce que ce genre de manifestation répugnait à sa nature et qu’ensuite il n’était tout simplement pas là, ayant bien d’autres choses à faire en ce moment où l’Europe des rois se ruait à nos frontières pour écraser la Révolution. Il s’agit d’une vieille lune ressassée par les écrivains royalistes du 19ième siècle.

Robespierre_Maximilien

Maximilien Robespierre

Dès ce moment, ma religion est faite : cet ouvrage n’est qu’une compilation de légendes et de ragots de simili historiens.

Vous n’êtes pas convaincus de l’imposture de ce livre parce que vous avez été séduit par le battage médiatique organisé ?

Alors prenons le premier chapitre et examinons ce que L.D. nous apprend sur le Paris Gaulois, Lutèce.

Nous apprenons ainsi que Lutèce n’était pas sur l’ile de la Cité mais à Nanterre pour deux raisons : rien n’a été retrouvé sur l’ile datant de l’époque de l’indépendance gauloise et les archéologues ont retrouvé à Nanterre une agglomération gauloise qui semble avoir eu une certaine importance. La configuration du site aurait pu faire penser à une ile à l’époque.

Si cette hypothèse a bien été évoquée par les découvreurs du site, elle ne retient absolument pas l’adhésion de la majorité des historiens pour d’autres raisons.

Toutes les traditions rattachent Lutèce à son emplacement actuel et aucune n’évoque Nanterre. Toutes les routes aboutissent à Paris depuis toujours, c’est le point de franchissement naturel de la Seine entre le nord et le sud, l’est et l’ouest ; enfin les gaulois adoraient s’installer sur des sites faciles à fortifier comme l’ile de la cité.

Notons d’ailleurs que L.D. n’est pas à une contradiction prêt car sur cette ile où il n’y a rien « on aperçoit à peine un petit temple, quelques cahutes rondes au toit de roseau et une poignée de pêcheurs jetant nonchalamment leurs filets dans les eaux. » Les gaulois seraient vraiment très surpris d’apprendre qu’ils habitaient des cahutes au toit de roseaux.  En réalité, ils construisaient des maisons tout à fait normales en pierres, poutres, torchis et chaume. La description de L.D. remonte aux ouvrages du 19ième siècle.

Photo extraite de l'exposition de la citée des sciences et de l'industrie  de Paris.

Photo extraite de l’exposition de la citée des sciences et de l’industrie de Paris.

Plus loin : « A cette époque, la route c’est le fleuve, il faudra attendre les romains pour voir s’établir de grandes voies terrestres. » On se croirait dans la savane africaine. En réalité si les romains ont refait les routes gauloises à leur manière, ces routes existaient déjà, les gaulois étaient un peuple hautement civilisé, même plus que les romains sur beaucoup de points. C’est même l’existence de ces routes qui permit aux romains de pénétrer si rapidement en Gaule et c’est même pour tenir et protéger les routes commerciales et les ponts qu’elles empruntaient pour franchir les fleuves que Lutèce avait été construite.

Enfin la perle : « Pour l’heure, montons à bord d’une de ces embarcations qu’affectionnent tant les gaulois : l’esquif allongé et frêle fait de branches tressées file sur les flots. » Essayez donc de construire une barque avec des branches tressées et de la faire filer sur les flots, vous m’en direz des nouvelles. En fait les gaulois étaient de très habiles charpentiers. L.D. n’a certainement pas lu « La guerre des Gaules » de César. Il y aurait appris que la flotte romaine avait peiné à vaincre celle des Vénétes (les Bretons de l’époque) qui comptait plus de 200 navires de guerre au large de la péninsule et ces navires n’étaient certainement pas de branches tressées.

Dans l’album de photos publié à la suite du livre, L.D. persiste dans sa technique de construction navale « à la branche tressée » qu’il reprécise pour illustrer les clichés des pirogues découvertes à Bercy et qui n’ont rien à voir avec les gaulois puisqu’elles datent du néolithique, plus précisément de 5000 ans avant J.C. alors que les Celtes (nos gaulois) sont arrivés vers 500 avant J.C.. On voit très bien que ces pirogues sont simplement creusées dans un tronc d’arbre, généralement un chêne. Pour qui douteraient encore, elles sont visibles au musée Carnavalet. Ce n’est donc plus un problème de connaissances, mais de lunettes.

Photo extraite du site "musée du Carnavalet"

Photo extraite du site « musée du Carnavalet »

photo extraite du site du musée Carnavalet"Admiez ces magnifiques "branches tressées" !!

photo extraite du site du musée Carnavalet
« Admiez ces magnifiques « branches tressées » !! (mdr)

Même les albums d’Asterix font figure de documents historiques à côté de ces bêtises.

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises malheureusement. Passons au récit de la bataille. Nous y apprenons pour commencer que Camulogene, le chef élu des gaulois « est un bon vieillard ». Certes, cet homme est effectivement usé par son grand âge, mais ce n’en est pas moins un redoutable chef de guerre efficace qui tient tête aux légions de Labienus et qui n’hésitera pas, voyant la bataille perdue à incendier la ville et ses ponts conformément aux instructions de Vercingétorix sur la tactique de la terre brulée. Il ne dispose pas d’une «  petite armée mal entrainée » mais d’un nombre respectable de redoutables guerriers même si les chiffres ne sont pas connus, suffisant pour tenir tête aux 30 000 hommes de Labienus. La seule supériorité des romains réside dans leur organisation militaire qui restera sans pareil dans le monde antique. Bien entendu les gaulois ne combattent pas « nus jusqu’à la ceinture avec quelques haches et de lourdes épées coulées dans un mauvais métal». Ils sont parfaitement protégés et équipés grâce à leur technique métallurgique haut de gamme. Il faut juste rappeler que les romains ont toujours copié l’armement des peuples qui leur étaient supérieurs en la matière, les Grecs et…les Gaulois. C’est à ces gaulois qu’ils ont emprunté entre autres la technique de la côte de maille.

Citée des sciences & de l'industrie

Citée des sciences & de l’industrie

Comment-les-Gaulois-travaillaient-ils-les-metaux (doc pdf extrait du site « citée des sciences & de l’industrie)

Le récit de la bataille sera-t-il plus sérieux ? Elle commence par un sanglant affrontement devant les marais qui protègent Lutèce. Cet affrontement n’a pas eu lieu où alors à la marge car les romains n’ont pu mettre en place les éléments nécessaires au franchissement des marais, ce qui montre bien l’habileté tactique « du bon vieillard » qui dirige la résistance gauloise. Labienus, le chef romain s’avère être un visionnaire car il ordonne la retraite grâce à « la longue plainte du clairon », clairon qui fut inventé en 1822 soit 1900 ans plus tard.

Nonobstant ce détail, Labienus change de tactique et fonce sur Melun dégarnie de ses guerriers. Il occupe la ville et surtout récupère les barques qui s’y trouvent et qui vont lui permettre de faire franchir la Seine à ses soldats. A ce moment L.D. décrit le spectacle terrifiant des légionnaires massacrant femmes et enfant, brûlant la ville. Sauf que cette scène n’est décrite nulle part dans les mémoires de César. La ville sans défenseurs s’est rendue et c’est tout. Ceux qui se sont rendus ont certainement finis comme esclaves, ce qui constituait la plus grande partie du butin des légionnaires. Pourquoi détruire la marchandise ?

Enfin la bataille finale. Nous y voyons Camulogène « sabre en main » (nous ne sommes plus à un anachronisme prêt) et les gaulois « protégés par leur large bouclier ».   Bizarre, j’avais cru comprendre qu’ils combattaient nus jusqu’à la ceinture ! On voit encore « les lourds sabres gaulois qui se brisent net sur les épées romaines plus légères et mieux trempées ». Bref, on rit à chaque ligne.

Au fait dans le documentaire qui fait pendant au livre on relève cette merveille (pourtant évitée dans le texte papier) : Labienus haranguant ses troupes  au nom de l’Empire romain, notion tout à fait étrangère aux légionnaires qui se battaient pour Rome, seule cause qui leur importait, et la République seul régime existant à l’époque de César et qui ne sera aboli que par ses successeurs.

Ajoutons que César pour écrire ses mémoires s’appuie sur « des rumeurs et des rapports militaires mal ficelés ».Sur, c’était bien le genre de César de mener ses campagnes sur des rumeurs et de se contenter de rapports militaires mal ficelés. Enfin, comble du comble pour un acteur défenseur de la langue française, César « répète ce qu’il a entendu cafouiller par ses légionnaires ». Le style de l’œuvre est lourd et mal écrit et je ne prétends pas faire mieux mais je sais me servir d’un dictionnaire.

Cet homme ne se relit jamais ? Ses éditeurs sont-ils ignares, les correcteurs incompétents ? A quoi servent les services culturels de la Ratp et de la mairie de Paris et des divers médias qui subventionnent et encouragent un tel amas de sottises ? Bon, j’arrête ici car je n’ai lu que le premier chapitre et je n’ai pas envie de continuer. Ce n’est plus une ambulance, c’est un convoi sanitaire.

« L’enervé »

Quelques adresses et renseignements:

La citée des sciences et de l’industrie –Expo « Gaulois, une expo renversante »

musee des sciences

Le musée Carnavalet à Paris:

carnavalet

Le musée d’archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye:

musée d'archéologie nationale

Vous pouvez également lire:

Alix intrepide

Et même « Asterix et Obelix » est plus sérieux !!!! :

asterix

Un grand merci à « L’énervé », parce que, avoir le soutien de tous les médias pour refaire l’histoire, c’est juste hallucinant. De plus, c’est sans compter sur le deuxième ouvrage de Monsieur Deutsch, sur Céline. Ouvrage écrit avec Monsieur Buisson (l’un des fondateurs du FN et fondateur du journal « Minute », conseiller « secret » de Monsieur Sarkozy). Bon, il écrit avec qui il veut, mais de la a oublier de citer tout un pan de la personnalité de Céline !! Et pas n’importe qu’elle aspect, non, le passé de collaborateur intellectuel avec l’occupant durant la seconde guerre mondiale. Collaboration très active… (articles, courriers, dénonciations et appel au meurtre et à la collaboration militaire). En 1945 il a fuit en Allemagne.

Les historiens et quelques journalistes ont dénoncé ces deux ouvrages, mais rien n’y fait, les médias populaires passent à travers…

Alors, elle est pas belle la vie?